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La biobanane équitable

Mise à jour du 13 mars 2012 : ajout d’une ressource en fin de texte.

J’aime bouffer. Si tu m’invites à un repas entre convives, prévois donc un couvert de plus : je viens avec mon estomac. Le revers de la médaille avec l’alimentation, c’est qu’il faut se traîner jusqu’au supermarché pour s’approvisionner. De une, ça coûte la peau du cul et il ne m’en reste plus beaucoup, je n’achète donc quasi jamais de marques dont le prix m’arrache l’épiderme postérieur. De deux, je vomis la grande distribution, et je te vomis toi aussi si tu ne vomis pas la grande distribution. De trois, je n’ai pas de potager et je ne prends pas le temps d’aller jusque chez le fermier qui coûte aussi trop cher. Bref : bouffer, oui, mais se ruiner, non.

Le durable expliqué aux nuls qui roulent en bagnole

J’aime défendre les intérêts de toute initiative durable. Le durable, c’est facile à comprendre. Inventons une subtile métaphore au hasard…

Situation : tu roules en voiture à un rythme tranquille, disons à 50 kilomètres à l’heure, seul sur la route qui monte un peu et, au loin, disons à 200 mètres, tu aperçois le feu de signalisation qui change de couleur, disons rouge. Pas de bol, tu sais que celui-là dure longtemps, disons une éternité. Que fais-tu ?

  • Réponse A : sa mère la théière, ça rime, je passe au rouge ! Des bleus en embuscade me retirent le permis pour avoir injurié une connasse de mère/théière (dégage la mention inutile).
  • Réponse B : j’allume mon portable, sors la calculatrice pour évaluer la distance de freinage ; quand j’ai le résultat, il est presque trop tard, j’agrippe donc le frein à main et mon pare-choc effleure mémé qui vient de s’engager sur le passage pour piétons. Le portable, lui, bondis dans le pare-brise qui vole en éclats dans un boucan insoutenable et mémé s’évanouit au milieu de la route.
  • Réponse C : je suis la prochaine évolution de l’espèce humaine, je divise ma vitesse par trois pour augmenter considérablement les chances que le feu passe au vert d’ici à ce que j’arrive à son niveau. Spécialiste du bas régime et de la conduite souple, je consomme moins que les autres, mais plus que les cyclistes.  J’en tire plusieurs avantages : primo, je peux renverser les cyclistes plus discrètement qu’un chauffard à fond de cinquième ; secundo, il fait beau dehors, je peux profiter de la légère brise et de la quiétude du moment (la route est déserte, n’oublie pas l’énoncé !) car me traîner comme une larve me convient, et puis carpe diem ; tertio, ne m’étant pas arrêté, je mets, dès que le feu passe au vert, trois secondes dans la vue de n’importe quel excité amateur du freinage tardif et du carburant cramé inutilement. Cette stratégie fonctionne aussi à l’approche du passage à niveau du circuit Kalimari Desert de Mario Kart 64.
  • Réponse D : un platane se met en travers de ma route, je vire dans la vitrine du boulanger pour l’éviter. Le feu attendra. J’en profite pour acheter quelques croissants.
  • Réponse E : je n’ai pas lu l’énoncé et tente une roue libre en coupant le moteur.Trois minutes plus tard, je suis mort par noyade dans le canal en contrebas loin derrière.

Cher ami doté d’un sens aiguisé de la déduction, tu l’auras compris : anticiper et réfléchir à 200 mètres (c’est-à-dire plus loin que le bout de son pif), c’est quand même utile. Le durable, c’est pareil, mais à plus grande échelle : revends ta voiture à achète-toi un hélicoptère privé, tu éviteras tout problème de feu rouge !

Biocoûteux

Dans cette perspective de long terme gastronomique et de préservation du monde, on trouve la bouffe biologique, un machin durable que ton corps absorbe volontiers pour ne pas devenir amorphe. Derrière cet adjectif à la con se cache la base logique de la fabrication de ce miam miam : enlève les produits chimiques, et la nourriture sera biologique. À l’inverse, ajoute des produits chimiques, et tu feras partie de l’industrie alimentaire chimique. Au début du monde, l’industrie, ça n’existait pas trop, alors pour la chimie dans la nourriture… À l’époque, il existait l’alimentation normale, et c’est tout. Va-t-en comprendre pourquoi le mot normal est devenu biologique après l’invasion des légumes et des steaks par les éléments du tableau de Mendeleïev. Foutrebouffe ! Le truc pas cool avec le biologique labellisé, c’est qu’il coûte foutrecher, mais vraiment. Si t’y connais rien et que tu regardes la télé, les gens dans le petit écran te diront « vas-y, fooonce, à peine 15 à 30 % de différence ! » Ce qu’ils oublient de mentionner, c’est que leur comparaison se fait par rapport aux produits de marques ou de qualité supérieure, ce qui commence à ce stade de l’article à sérieusement entamer la chair de ton arrière-train. Le bio, c’est donc hors de prix ; ou plutôt : cette bouffe « normale » étant trop chère, choisis donc de la merde de pauvre. C.Q.F.D. et bon appétit !

Sonia, ouvrière d’une start-up à l’éthique irréprochable

Maintenant que le monde entier fabrique de tout pour le monde entier et qu’on épuise la planète et ses hommes de manière très performante, des gens dans des trous perdus ont dit « c’est pas juste, on fabrique plein de bouffe et on gagne pas de pognons avec tout ce qu’on exporte pour ces pays de sales richards » et ont inventé le commerce équitable. Le principe est simple : acheter un machin issu du commerce équitable, ça signifie que les gens qui l’ont fabriqué et tous ceux qui ont fait en sorte que ça termine dans ta main ont été rémunérés correctement et traités humainement. Un exemple de truc équitable, c’est Sonia, cette petite Colombienne de 9 ans qui trie les grains de café de 8 h à 18 h sans broncher pour quatre dollars par mois. Après 18 h, elle « nettoie le trottoir », mais on s’écarte du domaine de l’estomac de quelques centimètres. Bref, le déroulement « normal » des choses est donc maintenant labellisé « commerce équitable ». Son problème : encore le prix élevé ! Le nerf de la guerre, c’est toujours le pognon.

Et notre belle biobanane équitable ?

C’est bien beau, toutes ces supercheries terminologiques mais, de toutes façons, rien de tel que de manger local (ça veut dire que ton endive ne fait pas deux fois le tour de la planète avant de finir dans ton assiette) et de saison (finis, les abricots en hiver !). Mais quand même, les bananes, c’est bon ! En plus, c’est de saison toute l’année mais, par contre, c’est pas vraiment local et le changement d’hémisphère est inévitable. Les bananes, ça vient d’Amérique du Sud, d’Afrique ou d’Asie ; l’Europe est le plus gros marché bananier du monde, loin devant les États-Unis, et on le restera tant qu’ils n’inventeront pas le banana burger. Bref, si on veut des bananes, soit on les prend bio, soit équitables, soit les deux, soit aucun des deux. Les bananes, c’est le seul produit bio-équitable que je me permets : elles sont à peine plus chères que les autres et sont délicieuses. Un vrai geste pour le monde, je vous dis ! Ouais, bon, cela dit, choisir un fruit qui vient de Colombie ou d’Équateur par bateau ou avion sous prétexte qu’il soit bon pour l’estomac et pour Sonia, c’est plutôt moyen comme comportement intelligent et responsable.

C’est donc décidé, j’arrête la biobanane équitable.

Ressource

Problème : pénurie de bio aux États-Unis ; solution : importation du Mexique par avions.

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5 Responses

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  1. Marmouset says

    j’ai beaucoup ri ^^

  2. meduz' says

    Ça n’a plus grand chose à voir avec la vie des bananes, mais pour les nuls qui roulent en bagnole, anglophones et qui doutent drastiquement des méthodes de conduite douce, un record a été établi cet été : près de 2600 km parcourus en Passat avec un seul plein, par un journaliste qui avait suivi des cours d’éco-conduite.

    Je pense que c’est dans l’intérêt de chaque conducteur d’envisager de rouler le plus souplement possible, même si certaines portions de trajets le permettent peu. Un peu d’énergie économisée par-ci par-là, c’est jamais mauvais à prendre !

  3. Shaman says

    Plus ça va, plus je suis sceptique sur la dénomination « bio ». Je me demande parfois s’il vaut pas mieux pour la planète manger une pomme arrosée de temps en temps de pesticides produite en Normandie, qu’une pomme bio venue direct de Nouvelle-Zélande. De toute façon, depuis qu’on m’a dit que Carrefour, Areva, Peugeot et Yann Arthus-Bertrand étaient écolos…

  4. meduz' says

    J’ignore si la Nouvelle-Zélande produit des pommes mais c’est certain que s’alimenter local est largement moins préjudiciable pour la planète que l’importation de contrées lointaines, même si le corps humain lui préférera l’agriculture normale. Cela dit, les pommes de France restent à mon avis une valeur sûre (c’est marrant que tu en parles, je viens d’en terminer une, là), qu’elles aient subi un traitement chimique ou pas. De manière générale, pour les fruits et légumes, j’évite ce qui vient d’Espagne, où il existe des pratiques vraiment douteuses et plutôt répandues (utilisation de traitements chimiques normalement interdits et exploitation des travailleurs).

    En tout cas, c’est certain qu’au vu des méthodes immorales pratiquées dans tellement de secteurs liés au commerce, on peut être sceptique sur absolument tout, c’est un sentiment tout à fait logique.

  5. meduz' says

    (Ajout en ressource d’un article sur nos amis ricains.)



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